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L'argot lyonnais : le parler des jeunes et des quartiers de Lyon

Au-delà du parler régional, Lyon a son propre langage : des mots de quartier à l'héritage de Guignol, voici comment le comprendre.

Lyon a son propre vocabulaire régional — « gone », « fenotte », les traboules de la Croix-Rousse — déjà détaillé dans notre guide de l'argot d'Auvergne-Rhône-Alpes. Mais la ville elle-même a développé, au fil des générations, un langage plus urbain : celui des cours de récré, des quartiers populaires et d'une histoire d'immigration qui a durablement marqué le parler local. Ce guide se concentre sur ce qui appartient vraiment à Lyon intra-muros, loin des seuls clichés régionaux : les mots que les jeunes des quartiers utilisent entre eux, les surnoms donnés aux quartiers historiques, et l'héritage linguistique de Guignol, la marionnette qui a façonné l'image du parler lyonnais bien avant les réseaux sociaux. De quoi comprendre ce qui se dit vraiment dans la rue à Lyon aujourd'hui, au-delà du folklore.

Le langage des jeunes lyonnais, entre romani et quartiers populaires

Depuis plusieurs générations, une partie de l'argot utilisé par les jeunes Lyonnais, souvent dès le collège, vient du romani, la langue parlée par les communautés roms et gitanes installées dans l'agglomération. « Pélo », qui signifie simplement « mec » ou « type », vient ainsi du romani « pello » et sert à interpeller quelqu'un entre pairs. Une « canante », à l'inverse, désigne une jolie jeune fille. Le verbe « chourave », voler ou dérober, est l'exemple le plus connu de ces emprunts : il vient du romani « tchorav » et reste utilisé à Lyon depuis au moins un demi-siècle, bien au-delà des seuls locuteurs romani. Il fait partie d'une famille de verbes lyonnais qui se terminent en « -av' », une terminaison caractéristique de ces emprunts que l'on continue à reconnaître à l'oreille chez les jeunes.

Autre mot bien identifié : « poucave » (parfois écrit « poucav' » ou « pouk »), qui désigne un mouchard ou le fait de dénoncer quelqu'un — « c'est qui qui a poucave ? » revient à demander qui a vendu la mèche. Pour insister sur quelque chose, les jeunes Lyonnais utilisent aussi « cher », équivalent local de « grave » ou « trop » (« il fait cher chaud aujourd'hui »), tandis que « chabe » sert tout simplement à dire « regarde ».

Les surnoms des quartiers, une carte d'identité à part

À Lyon, on ne dit pas toujours le nom complet d'un quartier. « La Guill' » désigne ainsi la Guillotière, ce quartier populaire de la rive gauche du Rhône à cheval sur les 3e et 7e arrondissements, longtemps surnommé « la petite Croix-Rousse » avant de devenir un symbole de mixité sociale, entre gentrification récente et vie étudiante. À l'inverse, « les pentes » renvoient spécifiquement à la partie du 1er arrondissement qui grimpe vers la colline de la Croix-Rousse, par opposition au « plateau » qui se trouve tout en haut — une distinction géographique que tout habitant du quartier utilise spontanément pour se situer.

Guignol, la marionnette qui a inventé une façon de parler

Le langage lyonnais doit beaucoup à Guignol, la marionnette créée en 1808 par Laurent Mourguet, lui-même ancien canut de la Croix-Rousse. Guignol s'exprime dans l'argot des canuts de son époque, mais il ne se contente pas de le reproduire : il invente des mots, triture la grammaire et joue avec un léger défaut de prononciation devenu sa marque de fabrique. Ce mélange a largement contribué à populariser et à fixer dans l'imaginaire collectif l'idée d'un « parler lyonnais » bien reconnaissable, encore utilisé aujourd'hui comme référence quand on évoque l'identité linguistique de la ville.

Le bouchon, un mot qui dit toute une ville

Impossible de parler de l'identité lyonnaise sans le mot « bouchon », qui désigne ces petits restaurants traditionnels au décor familier (nappes à carreaux, cuisine généreuse), nés à la Croix-Rousse dès le XVIe ou XVIIe siècle pour nourrir les canuts en quête d'un repas chaud après le travail. Le mot est aujourd'hui protégé par l'association Les Bouchons Lyonnais, créée en 2012 pour distinguer les établissements authentiques des simples restaurants qui s'en réclament. Contrairement à la bugne, sucrée et saisonnière, le bouchon est un mot du quotidien, employé toute l'année pour désigner une adresse, recommander une table ou simplement revendiquer un art de vivre bien lyonnais.

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