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L'argot d'Auvergne-Rhône-Alpes : guide complet des expressions lyonnaises et alpines
De « gone » à Lyon à « monchu » en Savoie, un tour du parler traditionnel d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Auvergne-Rhône-Alpes rassemble des identités linguistiques très différentes : le parler lyonnais, hérité en partie de l'argot des canuts, le parler gaga de Saint-Étienne et du Forez, et le patois savoyard des vallées alpines, issu du francoprovençal. Malgré cette diversité, un fil conducteur commun se dessine, celui d'un vocabulaire transmis en famille et resté vivant bien au-delà des cercles dialectophones. Ce guide propose de découvrir ces mots typiques, de Lyon à la montagne savoyarde, pour comprendre ce que veut dire un grand-parent lyonnais ou savoyard quand il parle d'un « gone » qui « débaroule » dans une traboule.
Le parler lyonnais, héritage des canuts
À Lyon, un enfant se dit « un gone » et une femme « une fenotte » — deux des mots les plus emblématiques du parler lyonnais traditionnel. Ce vocabulaire s'est transmis depuis l'époque des canuts, ces ouvriers tisserands de la soie qui travaillaient sur les métiers Jacquard, notamment dans le quartier de la Croix-Rousse au XIXe siècle. Le mot « canut » lui-même est aujourd'hui utilisé de façon affectueuse pour désigner les Lyonnais en général, et a donné son nom à la fameuse « cervelle de canut », spécialité fromagère locale.
Autre trace de cet héritage, les traboules, ces passages traditionnels qui traversent les immeubles lyonnais de cour en cour, permettaient justement aux canuts de transporter leurs pièces de soie à l'abri de la pluie sans emprunter la rue — elles restent aujourd'hui un symbole fort du vieux Lyon, notamment à la Croix-Rousse et dans le Vieux Lyon.
Les mots du quotidien lyonnais
« Une gâche » désigne à Lyon une place au sens large, qu'il s'agisse d'un emplacement de parking, d'un poste de travail ou d'une place de spectacle : « j'ai trouvé une bonne gâche pour le concert ». Le verbe « débarouler », lui, décrit le fait de tomber en dégringolant ou de descendre précipitamment un escalier ou une pente — une image très parlante qu'on entend encore régulièrement dans le langage familier lyonnais.
Côté gourmandise, la bugne, ce beignet frit traditionnel préparé pour le Mardi Gras, reste fortement identitaire de la culture lyonnaise et se retrouve dans toutes les boulangeries de la région au moment du Carnaval.
Le parler gaga de Saint-Étienne et du Forez
Du côté de Saint-Étienne, on parle « gaga », avec ses propres interjections et spécialités. « Fouilla ! » sert à marquer la surprise ou l'étonnement, un peu comme « ho là là », et a récemment fait l'objet d'un dictionnaire consacré par un linguiste et un comédien stéphanois. Côté cuisine, le matefaim, cette crêpe très épaisse et nourrissante, tire son nom du fait qu'elle « cale bien » et coupe littéralement la faim, tandis que le sarrasson, un fromage frais issu du babeurre, reste une spécialité populaire du Forez.
Les mots de la montagne savoyarde
En Savoie, la pomme de terre se dit « tartifle », un mot que l'on retrouve directement dans le nom de la fameuse tartiflette. Un « monchu », littéralement « Monsieur » en patois savoyard, désigne familièrement un citadin ou un touriste peu habitué à la vie de montagne, parfois avec une pointe d'ironie affectueuse envers les visiteurs venus des grandes villes.
Enfin, « un nant » désigne un torrent ou un ruisseau de montagne. Le mot a beaucoup reculé dans l'usage courant mais subsiste énormément dans la toponymie savoyarde, dans de nombreux noms de lieux-dits et de vallées que l'on croise en randonnant dans les Alpes.