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L'argot lillois : le ch'ti urbain de la capitale des Flandres
De Rijsel à la rue de la Soif, le vocabulaire qui appartient à Lille et à elle seule.
Lille partage avec le reste des Hauts-de-France le parler ch'ti, déjà présenté dans notre guide régional. Mais la capitale des Flandres a aussi son propre vocabulaire, forgé par son histoire flamande, son passé industriel et sa vie étudiante parmi les plus intenses de France. Ce guide se concentre uniquement sur ce qui est propre à Lille elle-même : le nom flamand de la ville, ses lieux qui portent un surnom que tout le monde utilise à la place du nom officiel, le vocabulaire de son quartier étudiant et de son habitat populaire, ainsi que les rituels très spécifiques de la Braderie. Pas de redite du parler ch'ti général : ici, tout est propre à la ville.
Le nom de la ville et son cœur historique
En flamand, Lille se dit Rijsel, un nom qui n'a rien d'arbitraire : la ville elle-même tire son nom du latin insula, l'île, et apparaît pour la première fois par écrit en 1066 sous la forme « Isla ». Lille est en effet née sur des îlots marécageux formés par la Deûle, la rivière qui traversait autrefois le cœur de la ville pour permettre le transbordement des marchandises. Rijsel, littéralement « à l'Isle », est l'équivalent flamand exact de ce nom insulaire — un rappel que Lille, avant d'être une capitale régionale, fut d'abord une île.
Autre curiosité bien lilloise : la place centrale, officiellement rebaptisée place du Général-de-Gaulle en 1944 en hommage à l'illustre enfant de la ville, n'est presque jamais appelée ainsi par les habitants. On dit la Grand'Place, un nom d'usage qui a totalement supplanté le nom officiel dans la bouche des Lillois, un peu à la manière dont les New-Yorkais continuent d'appeler la Sixth Avenue malgré son changement de nom officiel.
La vie étudiante et nocturne du centre
Impossible d'évoquer Lille sans sa rue de la Soif, le surnom donné à la rue Solférino et à la quasi-totalité de la rue Masséna, deux artères qui concentrent à elles seules une quarantaine de bars sur environ 900 mètres. C'est là, entre la rue des Stations et la rue Léon-Gambetta, que se joue l'essentiel de la vie nocturne étudiante de la ville, tous les soirs de la semaine.
Dans ce même quartier, les associations étudiantes organisent régulièrement des zinzins, le nom donné aux soirées à thème très prisées avant chaque période de vacances — bal masqué, soirée déguisée ou autre — une tradition festive propre à la vie associative lilloise.
L'habitat populaire, un patrimoine lillois
Le mot courée désigne un type d'habitat ouvrier emblématique de Lille : un ensemble de petites maisons identiques, accolées les unes aux autres autour d'une cour commune, reliée à la rue par une impasse étroite. Apparues dans les années 1840 avec l'essor industriel, les courées comptaient encore 1 524 exemplaires en 1912, abritant alors plus d'un quart de la population lilloise, avec un point d'eau et des sanitaires collectifs partagés par tous les habitants de la cour.
C'est autour de nombreuses courées que s'est construit le quartier de Wazemmes, longtemps considéré comme peu fréquentable avant de devenir l'un des quartiers les plus vivants de Lille, porté aujourd'hui par son marché couvert et son ambiance bohème qui attire autant les vieux Lillois que les nouveaux arrivants.
Le vocabulaire du quotidien et le rituel de la Braderie
Dans les conversations lilloises, « je te dis quoi » s'emploie sans arrêt pour promettre de recontacter quelqu'un ou de lui donner une réponse plus tard, quel que soit le sujet. À la boulangerie, on ne se dispute pas entre pain au chocolat et chocolatine : à Lille, on demande tout simplement un p'tit pain. Et à l'école, il ne viendrait à l'idée de personne de demander un crayon à papier : c'est un crayon de bois, un régionalisme qui perdure jusque dans les salles de classe.
Chaque année, la Braderie de Lille donne lieu à un rituel bien à elle : les brasseries du centre-ville empilent devant leur devanture les coquilles vides des moules consommées sur place — environ 500 tonnes de moules et 30 tonnes de frites sont englouties en 34 heures — et se livrent à une compétition informelle pour savoir qui affichera la plus haute pile de coquilles, devenue l'une des images les plus photographiées de l'événement.