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« Nice » a voulu dire « stupide » pendant presque 300 ans

Dire « nice » à quelqu'un au Moyen Âge revenait à le traiter d'ignorant — ce mot a mis près de 500 ans à devenir le compliment qu'on connaît aujourd'hui.

Aucun mythe à démonter ici, mais une histoire tout aussi étonnante : nice, ce mot anglais qui veut dire gentil, agréable, sympa, a longtemps signifié exactement le contraire. C'est l'un des cas les plus cités par les linguistes pour illustrer un phénomène qu'on appelle la dérive sémantique, quand le sens d'un mot change radicalement au fil des siècles.

L'origine réelle : un mot pour dire « ignorant »

Nice vient du latin nescius, qui signifie « ignorant » ou « qui ne sait pas », littéralement construit à partir de ne- (« ne pas ») et de la racine du verbe scire (« savoir »). C'est la même racine latine qu'on retrouve dans des mots français comme science, conscience ou omniscient. Le mot passe ensuite par l'ancien français nice, où il garde ce sens négatif, avant d'entrer dans la langue anglaise au tout début du XIVe siècle.

Pendant près d'un siècle après son entrée dans l'anglais, nice sert uniquement à qualifier une personne stupide, ignorante ou sotte. Traiter quelqu'un de nice au XIVe siècle n'avait absolument rien d'un compliment : c'était une insulte, comparable à ce qu'on dirait aujourd'hui de quelqu'un de « à côté de la plaque ».

Un mot qui a changé de sens presque tous les siècles

Ce qui rend nice fascinant, c'est le nombre de virages qu'il a pris avant d'arriver à son sens actuel. Au XIVe siècle, le mot glisse d'abord vers « débauché » ou « lascif », un sens qu'on aurait du mal à deviner aujourd'hui. Au XVe siècle, il évolue encore vers « extravagant dans sa tenue » ou « ostentatoire », avant de prendre le sens de « pointilleux » ou « exigeant sur les détails ».

Il faut attendre le XVIe et le XVIIe siècle pour que nice glisse doucement vers « précis, minutieux » (un sens qui survit d'ailleurs encore aujourd'hui dans des expressions comme a nice distinction, « une distinction subtile »). Ce n'est qu'en 1769 que le mot prend enfin le sens d'« agréable, plaisant », suivi en 1830 du sens de « gentil, aimable » qu'on lui connaît aujourd'hui. Autrement dit, il a fallu plus de quatre cents ans à ce mot pour parcourir le chemin qui va de l'insulte au compliment.

Pourquoi ce genre de dérive arrive

Les linguistes qui étudient l'histoire de nice s'accordent à dire que son parcours est l'un des exemples les plus complets de dérive sémantique en anglais, précisément parce que le mot ne se contente pas de s'adoucir légèrement : il fait un aller-retour presque complet, d'un sens négatif à un sens positif, en passant par toute une série d'étapes intermédiaires bien documentées dans les textes de chaque époque.

Ce type de glissement n'est pas rare en linguistique, mais rarement aussi net et aussi bien tracé dans le temps que pour ce mot précis : chaque siècle a laissé des traces écrites qui permettent de suivre l'évolution, presque comme un journal de bord du changement de sens.

L'usage aujourd'hui

Aujourd'hui, nice est l'un des mots les plus utilisés de l'anglais courant, au point d'être parfois critiqué pour son manque de précision : dire that's nice peut sonner plat, générique, presque poli par défaut plutôt que réellement enthousiaste. Certains professeurs d'anglais découragent même son usage répété dans un texte, jugé trop vague, ironie ultime pour un mot qui a mis des siècles à devenir un compliment.

Reste que la prochaine fois qu'on vous dira you're so nice, vous pourrez, si le cœur vous en dit, préciser qu'au XIVe siècle, la même phrase aurait voulu dire à peu près l'inverse.