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Avoir un chat dans la gorge : le chat qui n'en était peut-être pas un
Une expression où le chat pourrait bien être un malentendu vieux de près de mille ans.
Pourquoi un chat, et pas un autre animal, quand on est enroué ? La piste la plus citée n'a en réalité rien à voir avec un vrai chat — mais elle n'est pas la seule explication avancée.
L'hypothèse la plus citée
Selon le linguiste Pierre Guiraud, l'origine remonterait au XIe siècle, à une époque où l'on parlait d'avoir un « maton » dans la gorge, et non un chat. Le maton désignait alors les grumeaux qu'on trouve dans le lait caillé — une texture qui n'est pas sans rappeler celle des glaires responsables de l'enrouement.
Le mot « maton » se serait ensuite confondu, par ressemblance sonore, avec « matou », qui désigne un chat mâle, avant de se simplifier au fil des siècles en simple « chat ». L'animal ne serait donc, dans cette hypothèse, qu'un accident phonétique : un mot qui a glissé vers un autre parce qu'il lui ressemblait à l'oreille, sans lien de sens à l'origine.
Une hypothèse à prendre avec précaution
Il faut être honnête sur un point : cette explication, aussi souvent reprise soit-elle, repose sur les travaux de Pierre Guiraud, qui a proposé de nombreuses étymologies populaires reposant sur des jeux de mots et des glissements phonétiques — une méthode qui a produit des explications parfois brillantes, mais que les linguistes contemporains ne considèrent pas toutes comme également prouvées. L'absence d'attestation écrite continue entre le XIe siècle et l'apparition documentée de l'expression rend la chaîne difficile à vérifier de bout en bout.
Une autre piste, moins connue mais également citée, évoque le mot « chas » — celui du chas d'une aiguille — qui aurait désigné chez les tisserands une colle d'amidon collante, dont la texture évoquerait elle aussi les glaires dans la gorge. Aucune de ces deux pistes n'est validée avec une certitude absolue par l'ensemble des dictionnaires étymologiques.
Une image qu'on retrouve ailleurs, avec d'autres animaux
Ce qui est certain, en revanche, c'est que l'idée d'un animal coincé dans la gorge pour décrire l'enrouement n'est pas propre au français : l'anglais et l'allemand utilisent une image très proche, mais avec une grenouille plutôt qu'un chat. Ce parallèle suggère un besoin universel de mettre une image concrète et vivante sur une sensation physique désagréable, indépendamment de l'animal précis choisi par chaque langue.
Et aujourd'hui ?
Chat confirmé ou pas à l'origine, l'expression désigne aujourd'hui simplement une voix enrouée, une gêne passagère pour parler ou chanter — souvent liée à un rhume, au froid ou à la fatigue vocale. Le mystère sur son origine exacte n'a jamais empêché personne de la comprendre instantanément.