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L'argot toulousain : le parler de la ville rose

Entre tchatche, quartiers et bords de Garonne, Toulouse a un langage bien à elle, au-delà du seul parler occitan régional.

Notre guide de l'argot occitan a déjà présenté les mots hérités de la langue d'oc qu'on entend dans tout le Sud-Ouest, comme « adishatz », « raï » ou « avoir la cagne ». Mais Toulouse, la ville elle-même, a aussi son vocabulaire propre, façonné par la Garonne, ses quartiers et une histoire d'immigration espagnole et pied-noire venue se mêler au fond occitan local. Ce guide se concentre sur ce qui appartient à la ville rose en particulier : la fameuse tchatche toulousaine, des expressions imagées qu'on n'entend vraiment qu'ici, et les mots du quotidien qui trahissent immédiatement un vrai Toulousain.

La tchatche, un art de la parole bien toulousain

À Toulouse, on ne dit pas simplement que quelqu'un parle beaucoup : on dit qu'il « a la tchatche » ou qu'il « tchatche ». Le mot vient de l'argot pied-noir, lui-même emprunté à l'espagnol « chacharear » et à l'occitan « chacharronear », qui signifient tous deux « bavarder ». Il désigne cette façon de parler avec volubilité, aisance et un certain bagou, héritée du brassage entre les rapatriés d'Afrique du Nord, la communauté espagnole et le fond occitan de la ville. Pour dire qu'on se moque complètement de quelque chose, un Toulousain dira plutôt qu'il « carre » ou qu'il « en a rien à carrer » — un verbe qui viendrait d'une déformation pudique de « s'en caguer », ou du mot argotique « carre » désignant une cachette.

Autre verbe bien de la ville : « bader », qui signifie regarder avec fascination, être en admiration devant quelque chose, ou à l'inverse rester les bras croisés à ne rien faire, la tête ailleurs. « Arrête de bader et bouléguer-toi » est une phrase que beaucoup d'enfants toulousains ont entendue à table.

Des expressions qu'on n'entend vraiment qu'à Toulouse

« C'est le pompon sur la Garonne » est la version toulousaine de « c'est la cerise sur le gâteau » : l'expression, ancrée dans le fleuve qui traverse la ville, sert à marquer qu'une situation déjà compliquée vient d'atteindre un nouveau sommet, souvent avec une pointe d'ironie. « Péter à la poste », de son côté, désigne le fait de devoir se déplacer loin pour une corvée agaçante, l'exemple typique étant de devoir aller chercher un colis quand le facteur n'a trouvé personne à la maison.

Les mots du quotidien qui trahissent un vrai Toulousain

Dans une voiture toulousaine, on ne met pas les valises dans le coffre mais dans « la malle », un mot venu de l'occitan où le même terme désigne à la fois la malle et le coffre de véhicule. Pour se dire bonjour ou au revoir avec chaleur, on échange volontiers « un poutou », mot occitan attesté à Toulouse dès 1578 pour désigner un bisou sonore et affectueux, le « poutounas » en étant la version la plus bruyante. Et si quelqu'un ne paie jamais sa tournée, on le traite de « ratche », c'est-à-dire de radin : au pire, on parlera d'un « ratchàs », un cas désespéré.

Tolosa, une fierté occitane affichée

Toulouse porte aussi son nom occitan, « Tolosa », que la ville revendique ouvertement, jusque dans sa devise officielle, « Per Tolosa totjorn mai » (« pour Toulouse, toujours plus »). Cette identité occitane assumée explique aussi pourquoi certains mots restent des marqueurs de fierté locale plus que de simples régionalismes, comme « boudu » ou « pitchoun », déjà présentés en détail sur ce site, et que les Toulousains de toutes générations continuent d'utiliser avec une vraie affection.

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