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L'argot rennais : le parler de la capitale bretonne
De Roazhon à la rue de la soif, un tour des expressions et surnoms propres à la ville de Rennes elle-même.
Le guide régional de Bretagne a déjà exploré le breton et le gallo au sens large, du « yec'hed mat » au fest-noz. Rennes, capitale historique de la région, a pourtant sa propre identité linguistique urbaine : un surnom antique toujours revendiqué, un nom breton omniprésent dans le sport local, un langage étudiant né dans ses rues, et même un mot bien à elle pour sa spécialité culinaire. Ce guide se concentre sur ce qui appartient en propre à la ville de Rennes, au-delà du parler breton et gallo déjà présenté dans le guide régional.
Roazhon et la ville rouge : les surnoms de Rennes
En breton, Rennes se dit « Roazhon », un nom qu'on croise partout dans la ville sans toujours savoir qu'il désigne la cité elle-même — notamment au stade de football, rebaptisé « Roazhon Park » en 2015 après un vote des supporters, qui a préféré ce nom à plus de 70 % des voix face à l'autre proposition, « Stade des Hermines ».
Autre surnom, beaucoup plus ancien : Rennes est parfois appelée « la ville rouge », ou « Civitas Rubra » en latin. Le nom remonte à l'Antiquité, lorsque le premier rempart de la cité, reconstruit en briques rouges après le pillage de la ville au IIIe siècle, se voyait de loin dans la campagne environnante. Ce surnom historique reste revendiqué aujourd'hui, notamment à travers les couleurs rouge et noir du club de football local et de son principal groupe de supporters, le Roazhon Celtic Kop, fondé en 1991 et connu pour mettre en avant l'identité bretonne et celtique de la ville dans ses chants et ses animations.
La rue de la soif et le quartier Sainte-Anne : le langage étudiant
Autour de la place Sainte-Anne, considérée comme le cœur historique de la vie étudiante rennaise, se trouve la rue Saint-Michel — que tout le monde à Rennes appelle « la rue de la soif ». Ce surnom, apparu dans les années 1970 avec l'essor de la population étudiante, désigne une rue à peine longue d'une centaine de mètres où l'on compte un bar tous les sept mètres environ, ce qui en fait la rue de la soif la plus dense de France, devant celles de Bayonne ou de Paris.
Dire à un Rennais qu'on va « à Sainte-Anne » ou « sur la rue de la soif » ce soir n'a donc rien à voir avec la religion ou la déshydratation : c'est simplement annoncer une soirée entre amis dans le quartier étudiant historique de la ville.
La galette-saucisse et « la Robiquette » : un mot qui dit l'identité rennaise
La galette-saucisse, plat emblématique de Rennes vendu dans la rue à toute heure, porte aussi un surnom bien à elle : « la Robiquette ». Le nom vient d'un lieu-dit au nord de Rennes, sur la route de Saint-Malo vers Saint-Grégoire, où se trouvait dès la fin du XIXe siècle une auberge tenue par la famille Lavorelle qui servait ce plat aux passants — un point de passage régulier pour les supporters du Stade Rennais avant et après les matchs du dimanche.
Aujourd'hui encore, entendre un Rennais parler d'aller manger « une Robiquette » désigne bien la même chose qu'une galette-saucisse classique — mais avec ce supplément d'identité locale qui fait sourire ceux qui connaissent l'histoire du lieu-dit d'origine.
Le gallo, langue du pays rennais, dans le français de tous les jours
Dès 1891, un dictionnaire consacré aux expressions populaires de Rennes portait un titre éloquent : Dictionnaire des locutions populaires du bon pays de Rennes-en-Bretagne. Rennes se trouve en effet au cœur du territoire du gallo, cette langue romane de Haute-Bretagne distincte du breton, et plusieurs expressions gallèses continuent d'irriguer le quotidien de la ville, même chez ceux qui ne se disent pas gallésants.
« Qu'est-ce que tu bouines ? » est une question qu'on entend encore à Rennes, pour demander à quelqu'un ce qu'il fabrique ou pourquoi il traîne sans avancer — le verbe « bouiner » évoquant à l'origine un bricolage un peu vain, sans but précis.
Pour se dire au revoir, certains Rennais lancent un « à tantôt ! », équivalent gallo de « à bientôt ». Et quand quelqu'un parle beaucoup pour ne rien dire d'important, on peut dire de lui qu'il « bat de la goule » — littéralement qu'il fait travailler sa bouche sans que le discours ait beaucoup d'intérêt.