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Le nissart et l'argot niçois : le parler unique de Nice
Le nissart n'est pas du provençal : voici ce qui rend le parler de Nice vraiment à part, au-delà des mots déjà connus du Sud.
Nice partage avec le reste de la Provence un accent chantant et quelques mots communs, mais son parler local, le nissart (ou niçois), n'est pas un sous-dialecte du provençal marseillais : c'est une branche de l'occitan qui a suivi sa propre trajectoire depuis que le comté de Nice a été rattaché à la maison de Savoie en 1388, coupant la ville des échanges directs avec la Provence pendant plus de quatre siècles. Le guide de l'argot de Provence-Alpes-Côte d'Azur évoque déjà quelques mots niçois comme « issa » ou « ficanas », et des termes comme le vé, dégun, fada ou peuchère ont leur propre fiche sur ce site : ce guide-ci ne les redétaille donc pas et va plus loin, sur ce qui distingue vraiment le parler de Nice de celui de Marseille ou d'Aix. On y croise une langue toujours enseignée et défendue localement, portée par un hymne connu de tous les Niçois et par des figures de carnaval qui n'existent nulle part ailleurs en France.
Une langue à part, née d'une histoire à part
Jusqu'à la fin du Moyen Âge, le parler de Nice se confondait avec le provençal. Mais en 1388, lors de la guerre de succession de Provence, la ville se donne aux comtes de Savoie plutôt qu'à la Provence : coupé de ses voisins provençaux, le comté de Nice tisse pendant deux siècles des liens politiques, commerciaux et culturels avec la Ligurie et le Piémont, au point que le nissart devient dès le XVIe siècle un idiome à part entière, avec ses propres traits de prononciation et de vocabulaire. Cette histoire séparée explique pourquoi les linguistes eux-mêmes débattent encore de savoir si le nissart doit être vu comme un dialecte du provençal ou comme une langue occitane distincte à part entière — un débat qui a aussi nourri, à certaines époques, des revendications d'identité niçoise face à la Provence et à la France.
Le nissart reste enseigné aujourd'hui, quoique de façon limitée : une heure hebdomadaire en option au lycée Masséna, des cours au collège-lycée privé Sasserno qui propose du nissart-occitan depuis 1971, une Calandreta bilingue à Drap, et des cours gratuits assurés par l'Acadèmia Nissarda. Le symbole le plus fédérateur de cette identité reste « Nissa la Bella », composée à la fin du XIXe siècle par le poète Menica Rondelly pour défendre la langue et la culture niçoises face à la francisation qui a suivi le rattachement de Nice à la France en 1860 ; adopté comme hymne de la ville en 1906, ce chant est repris aujourd'hui lors des matchs de l'OGC Nice, des fêtes locales et des cérémonies officielles.
Se saluer, s'exclamer et se chambrer à la niçoise
Pour dire bonjour de façon décontractée, les Niçois lancent volontiers un « alouras ! », déformation locale de « alors » qui fonctionne comme une salutation à part entière entre proches ou connaissances. Pour partir ou se rendre quelque part, on « calle » : « je calle au marché » se comprend sans peine dans toute la ville, même par ceux qui ne parlent pas couramment nissart.
Quand une dispute éclate ou que la tension monte pour un rien, on dit qu'on « s'emboucane » — une expression toujours très vivante à Nice pour désigner le fait de se prendre la tête ou de se chamailler. Et pour prévenir quelqu'un d'un danger ou d'une bêtise à ne pas commettre, l'interjection de référence est « méfi ! » (littéralement « méfie-toi », « gare à toi »). Le mot est si ancré dans l'identité locale que les supporters de l'OGC Nice l'ont choisi, à plus de 70 % des voix, pour baptiser la mascotte aigle du club.
Le carnaval, gardien de mots bien à lui
Le Carnaval de Nice a son propre folklore verbal. Le « paillassou » (ou « pailhasso » en nissart, littéralement « homme de paille », du mot italien « pagliaccio », le clown) est un pantin traditionnellement fait de paille — aujourd'hui plutôt en mousse et en tissu — qu'on fait rebondir sur un drap tendu, tenu par la foule, lors des festivités. Par extension, le mot sert aussi dans le langage courant pour désigner quelqu'un d'un peu empoté ou pas très dégourdi, voire de franchement paresseux : « mon nouveau collègue est un vrai paillassou ».
Autre mot du quotidien niçois pour qualifier une personne : est « niocou » celui ou celle qui se montre un peu naïf, un peu nigaud, sans grande méchanceté dans le jugement. Deux façons bien à elles de croquer le caractère des gens, à la niçoise.