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L'argot nantais : les expressions typiques de Nantes
De « rififi », un mot né à Nantes, à son identité bretonne disputée, ce qui distingue vraiment le parler et l'esprit nantais.
Le guide de l'argot des Pays de la Loire couvre déjà des expressions nantaises comme « crébillonner », « être rendu » ou le « ramasse-bourrier » : ce guide-ci ne les répète pas et se concentre plutôt sur ce qui appartient en propre à la ville de Nantes, à son histoire et à son identité. Car Nantes a par exemple donné naissance à un mot d'argot devenu mondialement connu, et continue d'utiliser au quotidien des expressions liées à sa géographie urbaine que seuls ses habitants comprennent vraiment. La ville entretient aussi, plus que sa région, un rapport particulier et disputé à son identité bretonne, hérité de son passé de capitale historique du duché de Bretagne.
Un mot né à Nantes qui a fait le tour du monde
Le mot « rififi », aujourd'hui présent dans les dictionnaires de français pour désigner une bagarre, du grabuge ou des embrouilles, est né à Nantes en 1942, dans un bar du quai de la Fosse. C'est là que l'écrivain Auguste Le Breton, qui deviendra l'un des grands noms du roman noir et de l'argot français, se voit lancer ce mot à la figure par un ami un soir de beuverie. Le Breton en fait le titre de son roman le plus célèbre, « Du rififi chez les hommes », adapté au cinéma en 1955 par Jules Dassin — et le mot, déposé par l'écrivain, entre durablement dans la langue française tout en restant peu connu comme une invention nantaise.
Les mots du quotidien nantais
À Nantes, un lieu peut continuer de porter le nom d'un commerce disparu depuis longtemps. Le grand magasin Decré, fondé en 1867 par Jules-César Decré et détruit par les bombardements de 1943, a ainsi donné son nom à tout un quartier du centre-ville : aujourd'hui encore, malgré des décennies de rachats et de rénovations par d'autres enseignes, les Nantais disent naturellement « je suis rendu à Decré » ou parlent de la « rue Decré », comme si le magasin existait toujours.
Autre habitude bien nantaise, transmise dans le monde du travail : on ne dit pas qu'on « commence » ou qu'on « termine » sa journée, mais qu'on « embauche » et qu'on « débauche », y compris en dehors de tout contexte industriel — « j'embauche à 8h, je débauche à 17h » se comprend d'emblée dans toute la ville.
Nantes, ville bretonne ou pas ?
Contrairement à ce que suggère son rattachement administratif actuel aux Pays de la Loire, Nantes a été pendant près d'un millénaire l'une des capitales du duché de Bretagne, depuis son intégration au royaume breton en 851 jusqu'à son statut de résidence des ducs, dont le château des Ducs de Bretagne, toujours au cœur de la ville, reste le symbole le plus visible. Ce lien s'est retrouvé rompu en 1941, quand le régime de Vichy a créé les préfectures régionales et fait de Rennes, plutôt que de Nantes, le chef-lieu de la nouvelle région Bretagne, détachant administrativement la ville de sa province historique.
Cette séparation continue aujourd'hui d'alimenter un débat identitaire bien vivant : des mouvements comme le collectif « Bretagne réunie » militent depuis des décennies pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, et plusieurs sondages montrent qu'une large majorité d'habitants du département continuent de se revendiquer bretons. C'est aussi ce passé qui vaut à la ville ses deux surnoms historiques, la « Cité des Ducs » et la « Venise de l'Ouest » — ce dernier en référence aux nombreux canaux qui traversaient le centre-ville avant d'être comblés dans les années 1920 et 1930.