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L'argot corse : guide des mots et expressions traditionnels de l'île

De « fratè » à la macagna, quelques mots corses transmis au quotidien sur l'île, avec leur sens et leur origine.

Le corse n'est pas un patois du français mais une langue à part entière, proche du toscan, parlée sur l'île bien avant que le français ne s'y impose. Une poignée de mots et d'expressions corses sont passés dans le langage courant, y compris chez ceux qui ne parlent pas couramment la langue insulaire, pour interpeller un proche, encourager quelqu'un ou raconter une bonne blague. Ce guide reste volontairement court : il présente les expressions corses les plus solidement attestées plutôt que d'en inventer pour faire du volume, avec leur sens précis et la façon dont on les utilise.

S'interpeller et s'encourager en corse

« Fratè » sert à interpeller affectueusement un ami proche, un peu comme « mon frère » en français familier. Le mot vient de « frère » en langue corse — « fratellu » dans le nord de l'île, « fratedhu » dans le sud — contracté à l'usage. Il s'est fait connaître bien au-delà de la Corse via la téléréalité et les réseaux sociaux, ce qui en a un peu dilué le sens original.

Pour motiver quelqu'un à se dépêcher ou à passer à l'action, on lance un « aiò ! », un peu comme « allez, bouge-toi ! » en français — selon le ton, l'interjection peut aussi exprimer la surprise ou la satisfaction. Du côté de Bastia, on ponctue volontiers ses phrases d'un « babin », contraction de « và bè » (« ça va bien ») prononcé à la bastiaise, qui peut fonctionner comme une question, une marque d'étonnement ou simplement une ponctuation orale en fin de phrase — parfois précédé d'un « bouh » (« bouh babin ! »).

La macagna, l'art corse de la blague

La macagna désigne une pratique humoristique typiquement corse qui consiste à monter des blagues et des farces, souvent élaborées, sans réelle méchanceté, à partir d'un défaut ou d'une particularité de la victime. C'est un véritable art de vivre transmis de génération en génération sur l'île, qui repose beaucoup sur l'autodérision collective.

Le verbe qui va avec est « mascagner » : faire une farce ou jouer un tour à quelqu'un, en lui faisant croire quelque chose de faux. Se faire avoir par une macagna, c'est donc « être mascagné » — une mésaventure qui fait généralement plus rire que pleurer, dans l'esprit de cette tradition corse de l'humour partagé.

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