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L'argot bordelais : les expressions typiques de la ville

Au-delà du gavé et de la chocolatine, un tour des expressions et surnoms propres à la ville de Bordeaux elle-même.

Le bordeluche régional — gavé, anqui, la fameuse chocolatine — est déjà bien connu, jusque dans les foyers qui n'habitent pas le Sud-Ouest. Mais Bordeaux, en tant que ville, a aussi son propre folklore linguistique : des surnoms de lieux que seuls les habitants emploient entre eux, des expressions de dépit ou d'agacement bien à elle, et des figures locales devenues des mots à part entière. Ce guide se concentre sur ce vocabulaire-là, plus intime et plus urbain que le parler régional déjà présenté ailleurs sur le site, pour comprendre ce qu'un Bordelais veut dire quand il donne rendez-vous « à Caju » ou qu'il se plaint d'avoir « la quinte ».

Se donner rendez-vous : les surnoms de lieux entre Bordelais

Entre eux, les Bordelais ne disent presque jamais « place Camille Jullian » en entier : ils disent « Caju ». Ce diminutif désigne l'une des places les plus animées du centre historique, dans le quartier Saint-Pierre, où les terrasses de bars se succèdent été comme hiver. « On se rejoint à Caju ce soir ? » est une phrase que tout Bordelais a prononcée au moins une fois, et qui peut laisser un parent complètement perplexe s'il ne connaît pas le lieu.

Les Bordelais ont aussi leur propre variante du fameux « métro-boulot-dodo » parisien : « tram, maille, dodo », qui remplace le métro par le tramway local et reprend « la maille », mot bordeluche pour désigner le travail. Une façon amusante et très locale de résumer une semaine harassante, entendue régulièrement dans la bouche des habitants.

Dire qu'on est agacé ou déçu, à la bordelaise

Quand quelque chose embête ou agace un Bordelais, il peut dire « ça daille », une expression venue de l'occitan « dalhar », qui signifie faucher. L'idée d'origine est donc celle de quelque chose qui « fauche » l'humeur ou coupe l'élan — aujourd'hui l'expression s'emploie simplement pour dire que quelque chose est pénible ou embêtant.

« J'ai la quinte » est une autre façon très bordelaise d'exprimer la déception ou le dépit, parfois pour des raisons que le reste de la France jugerait bien mineures — rater son tram, par exemple. C'est une expression du quotidien, transmise localement, qui traduit un agacement plus profond qu'un simple « c'est nul ».

Autre trait typiquement bordelais hérité de l'occitan : commencer une phrase par « té », une interjection qui marque la surprise ou introduit une remarque, un peu comme on dirait « tiens » ailleurs en France — par exemple : « té, mais qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ? »

Les figures locales devenues des mots

À Bordeaux, un « Michel-Morin » désigne quelqu'un capable de faire un peu de tout, sans nécessairement exceller dans un domaine précis — l'équivalent local de l'homme à tout faire. L'expression vient d'un personnage comique du XVIIIe siècle, et son usage courant pour désigner un bricoleur touche-à-tout s'est maintenu presque exclusivement dans la région bordelaise, au point de rester une référence culturelle bien identifiée localement.

Un « branquignole » est une version un peu plus affectueuse et comique de « branque », pour désigner quelqu'un qui fait l'idiot sans grande méchanceté. Et quand on évoque une eau-de-vie ou un alcool fort artisanal, les Bordelais emploient volontiers le mot « tafia », un terme resté bien vivant dans le langage local, bien au-delà du seul vocabulaire du vin pour lequel la ville est connue.

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